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Dimanche 26 février 2006 7 26 /02 /Fév /2006 17:30

Le temps de ce dimanche de novembre 2005 était gris avec cette humidité fraîche et cette brume désagréable qui fait coller le temps au visage de celui qui s’aventure à l’extérieur.

Dans son fauteuil club en cuir au coussin éventré, le juge Assenrond relisait les notes qu’il avait préaparées pour interroger la veuve Thérése Hunsaic.

La conviction du magistrat était faite, elle était coupable.

Son verre de scotch dans une main, les notes sur les genoux, le juge leva la tête pour regarder la Neuchateloise qui sonnait 6 heures du soir. Machinalement, le magistrat jeta en même temps un œil sur sa Navitimer pour confirmer que la sonnerie qu’il entendait marquait une heure exacte.

Etait-ce par déformation professionnelle ou manque de confiance, le juge recoupait toujours ses informations.

Dix-huit heures était l’horaire auquel chaque jour le magistrat nourrissait imperturbablement son chat, fidèle compagnon depuis 17 ans.

Le juge vivait seul depuis la disparition de son épouse dans la crevasse d’un glacier du Mont Blanc.

Ce soir, le juge appela en vain son chat doucement éteint dans le canapé. Comme la bête avait  relâché son sphincter le juge dut lui-même nettoyer dans une odeur âcre d’excrément félin, les coussins salis par la bête.

Emballant le corps délicatement dans une serviette éponge, il le porta jusqu’au vide ordures. Sans perdre de temps, il jeta les restes de nourritures qu’il avait encore en réserve et la litière qui encombrait son placard.

Il n’était pas encore dix-neuf heures quand le téléphone sonna rompant le silence de l’appartement rythmé par le mécanisme de la pendule.

Le procureur s’excusa de perturber la soirée du juge mais il tenait à l’informer que la veuve Thésése Hunsaic venait d’être retrouvée morte, imbibée de rhum dans son appartement.

 

Ce coup de téléphone achevait 18 mois d’enquète, 17 interrogatoires, 7 gardes à vue inutiles et des centaines d’heures de travail.

Le juge remercia le procureur de cette information et passa à table pour dîner, une boite de sardines « la Scintillante »  et  une ration de pâtes cuites dans l’eau salée avec une cuillère d’huile d’Olives.

Les repas du juge ne duraient jamais plus de 25 minutes montre en main, le juge faisait toujours sa vaisselle immédiatement pour s’éviter le matin cette odeur de vaisselle sale qui le dégoûtait. 

 

Chaque dimanche soir, le magistrat lisait pendant deux heures avant de se coucher dans une chambre austère et froide.

Plongeant la main dans sa table de nuit, il ressortait  toujours le dimanche cette revue pornographique saisie lors d’une enquête et  aimait à se masturber en regardant cette jeune femme photographiée en 1971 en train de se caresser avec un artichaut de Bretagne.

 

Le magistrat oubliait indéniablement que cette Peguy Lime qui devait avoir 30 ans sur la photo en 71 en avait 34 de plus aujourd’hui.

 

Le juge s’endormit ensuite pour se préparer à de confrontations à cette société qui lui exposait chaque semaine son lot de déséquilibrés et de marginaux.

 

Il est incroyablement rassurant de savoir  que ce sont des gens normaux qui évaluent leurs contemporains.   

Par Monseigneur Diégo - Publié dans : monseigneurdiego
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